Une thérapeute est accusée d’avoir suggéré de faux souvenirs à ses patients pour les couper de leurs familles

jeudi 23 février 2017

Extrait de la-croix.com du 22.02.2017 : Une thérapeute est accusée d’avoir suggéré de faux souvenirs à ses patients pour les couper de leurs familles

[...]
Un procès rare en France – ce type d’accusation se multiplie depuis les années 1990 aux États-Unis – qui se distingue aussi par le profil des plaignants, la plupart issus de milieux socio-professionnels privilégiés.
Des parents meurtris
« Au premier rendez-vous, elle m’a fait allonger sur la table »,« m’a touché le ventre, m’a dit des choses crues, pertinentes et dérangeantes », raconte l’une des victimes. La thérapeute lui aurait ensuite « suggéré » qu’elle avait été abusée par son père et avait eu une relation incestueuse avec son frère. Jusqu’à la convaincre de rompre avec ses proches et de lui verser 55 000 €, au prétexte que cet argent provenant de l’héritage de son père et de son licenciement était « nocif ».
Mais c’est surtout le cas d’une autre ex-patiente de [...], Florence A., qui retient l’attention du tribunal. Cette quinquagénaire diplômée d’HEC, qui occupait un poste à responsabilités dans le milieu de la finance, s’est portée partie civile mais ne s’est pas présentée à l’audience, et continue paradoxalement à nier avoir fait l’objet de « manipulations ».
Ce sont ses parents, âgés de plus de 80 ans, profondément meurtris, et qui n’ont plus de nouvelles de leur fille depuis 13 ans, qui viennent témoigner. Ils racontent le « changement profond » de Florence après sa « rencontre » avec la thérapeute, qu’elle était venue consulter pour un problème de dos dans les années 2001-2002 et dont elle leur « vantait les qualités ». Ils expliquent comment elle a brutalement rompu avec son « réseau amical », mais aussi avec eux, après leur avoir fait des reproches « étranges ».
[...]
Une « emprise sectaire »
Florence est décrite par ses proches comme une femme « solide », « gaie », « généreuse », ni « méchante », ni « agressive ». Comment a-t-elle pu se laisser berner ? Croire qu’une « fragilité préexistante » soit nécessaire pour tomber sous emprise ou qu’un « bagage intellectuel » est suffisant pour se prémunir est une erreur, vient expliquer à la barre Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes. On retrouve dans cette affaire les « invariants des procédés sectaires » : relation de confiance, séduction, isolement par « diabolisation de l’entourage » – d’où l’implantation de faux souvenirs d’inceste. « Une fois l’entourage neutralisé, le gourou peut exercer plus librement son emprise. Et il devient alors très difficile d’opérer une marche arrière. »

Si le cas de Florence intéresse les juges, c’est parce qu’il dépasse aussi largement le cadre de sa famille. Sous l’emprise de sa thérapeute, elle aurait en effet retiré d’importantes sommes d’argent (plusieurs centaines de milliers d’euros), vendu des actions et des stock-options dans l’entreprise où elle travaillait. Des sommes dont la destination a interrogé les enquêteurs, et qui impliquent notamment l’une des sociétés dans laquelle elle a travaillé, et où la « secte » se serait « infiltrée »…


Navigation