Violences conjugales : enquête sur un meurtre de masse

vendredi 30 juin 2017

Extrait de liberation.fr du 30.06.2017 : Violences conjugales : enquête sur un meurtre de masse

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Il y a, d’abord, une phase de séduction, que les Anglo-Saxons appellent le « love bombing » : dans le cycle de la violence, répétition de comportements théorisée en 1979 outre-Atlantique, cela correspond à la phase dite de « lune de miel ». Cette séduction, décrit l’auteure, « vise les instincts protecteurs de la femme ». On racontera une enfance malheureuse ou un travail difficile par exemple. « Cette séduction, explique Marie-France Hirigoyen, est une séduction narcissique destinée à fasciner l’autre, et en même temps, à le paralyser. » Car, dans le même temps, « par des micro-violences ou de l’intimidation, elle est progressivement privée de tout libre arbitre et de tout regard critique sur sa situation ». On retrouve les mêmes cas de figure chez les victimes de sectes, écrit-elle : une étape d’effraction, qui consiste à pénétrer dans le territoire psychique de l’autre - du genre, un intrusif et insistant « A quoi tu penses ?
- A rien.
- Non, je te crois pas, tu penses forcément à un truc.
- Non, je t’assure.
- Mais tu penses à quoi ? » Ensuite il y a une étape de lavage de cerveau, avec alternance de menaces et de caresses. Lors de ces périodes de réconciliation, le conjoint minimise les faits, se justifie, promet de ne plus recommencer. Les victimes vont alors retirer leur plainte, regagner le domicile… Enfin, il existe une phase de programmation. On arrive à des états de modification de la conscience. La victime entre en état de dissociation, elle devient peu à peu étrangère à ce qui lui arrive. « C’est un moyen efficace de survie pour ne pas perdre la raison, une stratégie passive lorsqu’on a le sentiment qu’il n’y a aucune issue possible. » Et c’est ainsi qu’une femme victime de violences opposera au bon sens une passivité inquiétante. « Quand un individu apprend par expérience qu’il est incapable d’agir sur son environnement pour le transformer en sa faveur, il devient incapable, physiologiquement, d’apprendre. »
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